Les Rues d’Aix – Cours Sextius


Les Rues d’Aix
ou recherches historiques sur l’ancienne capitale de Provence
par Roux-Alpheran en 2 tomes 1848 et 1851
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COURS SEXTIUS

E Cours qui, du côté du couchant, sépare la ville du faubourg Saint-Jean-Baptiste, dit anciennement le faubourg des Cordeliers, est bordé de maisons de commerçants, de commissionnaires de roulage, de charrons, de maréchaux, de forgerons, d’auberges et de cafés, depuis la porte Villeverte jusqu’à celle des Cordeliers. La ligne orientale qui est adossée au rempart, le masque entièrement et ne laisse pas soupçonner que dans cette partie la ville est derrière.
Vers le commencement de la ligne occidentale, à gauche en arrivant par la grande route de Paris, fut bâti en 1734, l’hôpital des incurables fondé par le procureur-général André de la Garde 1 et qui a été transféré depuis la révolution dans l’ancien couvent des Capucins attenant à l’hôpital Saint-Jacques.
Plus haut, après avoir dépassé l’entrée de la rue de Guerre, se trouve la maison où est né, le 19 octobre 1797, Mgr Joseph-André Guitton, d’abord vicaire-général d’Angoulême, sacré évêque de Poitiers le 29 juin 1842, actuellement vivant et si justement vénéré par tous ses diocésains, à cause de ses rares vertus et de son angélique piété.
L’église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste extra muros qui se présente ensuite, fut bâtie en 1691, comme succursale de la paroisse de Saint-Sauveur, au moyen des libéralités de Jean-Baptiste du Chaine, 2 chanoine de la métropole, d’une famille parlementaire éteinte depuis environ cent cinquante ans, après avoir fourni plusieurs magistrats de grand mérite. Le service de cette église fut confié aux PP. de la Doctrine Chrétienne établis à Aix peu d’années auparavant ; mais ce fut en 1703 seulement qu’un arrêt du parlement leur attribua l’exercice plein et entier des fonctions curiales.
Le cours Sextius, ainsi nommé en 1811, en mémoire du fondateur de la ville, est très large et planté de deux rangs d’arbres qui conduisent à l’établissement public des bains de Sextius. Les eaux thermales qui alimentent ces bains furent retrouvées en 1704. Les Romains les avaient connues et à diverses époques on avait tenté de les utiliser de nouveau. Plusieurs ouvrages font mention de leurs vertus médicales et des salutaires effets qu’en éprouvent les personnes qui en font usage. 3 Lorsqu’on a dépassé la porte des Cordeliers, le Cours Sextius se divise dans sa longueur en deux portions égales dont l’une, à droite, se dirige vers les bains publics, et l’autre, à gauche, continue de longer le faubourg des Cordeliers jusqu’à la rue de la Molle. Cette portion s’appelait anciennement la rue Cavalette, nous ne saurions dire pourquoi, et est comprise maintenant sous la dénomination générale de Cours Sextius. C’est là principalement qu’habitent les plâtriers et les tuiliers.
A la même époque de 1811, on donna le nom de Vanloo, à la rue qui s’ouvre en face de la porte des Cordeliers et qui conduit au pavillon de la Molle dont nous parlerons bientôt et que les Vanloo avaient possédé. C’est la plus ancienne rue du faubourg ; elle était déjà habitée au XIIe siècle.
La rue de Guerre tire son nom de la famille de Guerre qui y faisait sa demeure au XVIIe siècle. Une rue voisine, qui n’avait pas de nom qui lui fut propre, fut appelée plus tard la rue de la Paix par des ignorants ou de mauvais plaisants qui s’imaginèrent que l’autre s’appelait la rue de la Guerre et crurent faire une antithèse pleine d’esprit par cette dénomination de la Paix.
La rue de Reauville dont le sol appartenait anciennement aux Rolland, seigneurs de Reauville, fut appelée aussi la rue de la Burlière, à cause qu’étant fort longue et bien alignée, les paysans allaient y jouer aux boules 4 les dimanches et jours de fêtes. Au XIVe siècle, les plâtriers étaient logés la plupart dans la partie haute de cette rue et elle s’appelait le faubourg des Gipières. 5 Trois cents ans plus tard elle prit le nom de rue des Bourras, à cause des pénitents-gris ou bourras qui y établirent leur chapelle en 1677. Le cardinal Grimaldi, archevêque d’Aix, leur fondateur, les destina plus particulièrement à accompagner les pauvres à la sépulture.
Deux autres rues reçurent, en 1811, les noms de Vendôme et de la Molle, parce qu’elles conduisent l’une et l’autre au pavillon que le cardinal duc de Vendôme, gouverneur de Provence, avait fait bâtir quelques années avant sa mort. Ce prince avait employé à la construction de ce bâtiment les vingt mille livres que la province lui avait données pour acquérir le terrain situé à l’extrémité de la ligne méridionale du Cours, où il se proposait de faire élever un palais. 6 Mais il ajourna ce premier projet pour se livrer à l’exécution du second qui lui devint funeste, s’il faut en croire la tradition, sur la cause principale de sa mort arrivée en 1669. 7 Cet édifice, auquel il donna le nom modeste de pavillon, est entièrement construit en pierres de taille ; la façade en est d’une très belle architecture et porte la majestueuse