Les Rues d’Aix – Union ville comtale


Les Rues d’Aix
ou recherches historiques sur l’ancienne capitale de Provence
par Roux-Alpheran en 2 tomes 1848 et 1851
>>> Retour Accueil du Blog <<<

<

UNION

DU BOURG SAINT-SAUVEUR

A LA

VILLE COMTALE

(1357)

EU d’années après le milieu du XIVe siècle, le bourg Saint-Sauveur fut réuni à la ville comtale, ce qu’on peut assurément considérer comme un agrandissement important fait à celle-ci. Nous ne lui donnerons cependant pas ce nom, puisque ce ne furent point de nouvelles habitations qui furent construites pour être ajoutées aux anciennes, mais une petite ville réunie a une autre ville voisine.
C’est ici le lieu de dire en quoi consistait le bourg Saint-Sauveur.
Situé au nord de la ville comtale dont il n’était séparé que par un chemin public qui s’étendait depuis les quatre coins de la Juiverie 1 jusqu’à l’extrémité de la rue Saint-Laurent, il comprenait tout le terrain borné au couchant par la rue Venel et celle des Guerriers dans l’entre-deux desquelles, en travers de la rue du Bon-Pasteur, était une porte publique dite du Puits-Chaud (Putei-Calidi) ; au nord par le rempart qui subsiste encore ou, du moins, sur l’emplacement duquel a été élevé le rempart actuel et ou se trouvait la porte Dancrota ou plutôt Das Crotas (aujourd’hui la porte Notre-Dame) ; au levant, par la rue du Séminaire, vers le centre de laquelle s’ouvrait, en face de la rue de la Porte-Peinte, une troisième porte publique appelée plus tard d’Anchali ou du Four d’Anchali; et au midi, par le chemin public dont nous venons de parler, faisant la séparation du bourg Saint-Sauveur et de la ville comtale. Sur ce chemin et en face du Portail-Peint (aujourd’hui la Tour de la Grande-Horloge), 2 s’ouvrait une quatrième porte du bourg, dite deis Escourregus ou deis Fouitas (Portale Flagellatorurn), porte qu’anciennement les malfaiteurs condamnés à recevoir le fouet passaient sous cette porte.
En 1188, Alphonse ou Ildefonse 1er roi d’Aragon et comte de Provence, donna au chapitre d’Aix la juridiction du bourg Saint-Sauveur que les prévôts ont exercée jusqu’à l’époque de la révolution. Cent quatre ans plus tard, cette concession fut le sujet d’un différend entre les officiers du roi et le chapitre, laquelle fut terminée par transaction du 24 novembre 1292, entre la Cour royale au nom de Charles II d’Anjou, roi de Naples et comte de Provence, et Guillaume de Collobrières, prévôt du chapitre, portant entre autres dispositions, que les cas de haute justice sont réservés au prince et la basse justice au prévôt ; étant de plus déclaré dans cette transaction que suivant le privilège d’Alphonse 1er, le bourg est exempt de fouage personnel et de cavalcade. 3
Ce fut en 1557 que les habitants du bourg Saint-Sauveur désirèrent se réunir à ceux de la ville comtale pour ne faire désormais avec eux qu’un seul corps de communauté. Les principaux accords de cette union furent qu’il ne serait fait dorénavant aucune distinction entre les citoyens de la ville et ceux du bourg ; que tous contribueraient également aux charges publiques ; que chaque année deux conseillers de l’Hôtel-de-ville seraient choisis parmi les habitants du bourg, et que, de trois en trois ans (a tribus in tribus annis dumtaxat), l’un des syndics ou consuls serait également tiré de leur sein. 4 Cet acte solennel fut passé dans la maison de l’Aumône, 5 le 7 octobre 1357 et les conditions en ont été exactement observées jusqu’à la révolution qui les a tacitement abolies.
Lors de la réunion de la Provence à la couronne de France, Palamède de Forbin promit de faire expédier par le roi des lettres-patentes portant réunion du bourg Saint-Sauveur sous la même juridiction que la ville, en indemnisant le prévôt de celle du bourg dont il jouissait ; mais le grand Palamède ayant été disgracié, sa promesse demeura sans effet.
La liste chronologique des prévôts de Saint-Sauveur, seigneurs temporels du bourg, se trouve dans la dernière édition du Gallia christiana, 6 et ce qu’il y a de bien étonnant c’est que cette liste est terminée par une erreur :  » François de Fargues, y est-il dit docteur en sainte théologie, etc., chanoine de Saint-Sauveur, est prévôt en cette année 1714.  » Or, nous ne trouvons nulle autre part le nom de l’abbé de Fargues comme successeur de Benjamin de la Vergne de Juliac; nous lisons au contraire que celui-ci s’étant démis de la prévôté en 1724, le chapitre élut pour lui succéder Daniel-Joseph de Cosnac, neveu de l’archevêque de ce nom, et parent de l’abbé de Juliac. C’est par lui que nous commencerons ici la suite de cette liste chronologique qui ne sera pas indifférente à bien des gens et que nous avons continuée jusqu’à la révolution sur les registres du chapitre.
Daniel-Joseph de Cosnac fut élu le 3 novembre 1724, et permuta, avec le suivant, en 1730, contre un autre bénéfice dont jouissait celui-ci.
Augustin de Cadenet de Charleval, conseiller-clerc au parlement, élu par le chapitre, le 7 août 1730, mourut subitement le 17 novembre 1732. Il avait joué un grand rôle dans le fameux procès du P. Girard, jésuite, contre la demoiselle Cadière. 7
Louis Lauthier, chanoine théologal, élu prévôt le 17 décembre 1732, mourut le 18 mai 1737, âgé de 86 ans. Quelques mois avant sa mort, il avait résigné son bénéfice à François Magnan, sou neveu, que le chapitre refusa de reconnaître attendu que la prévôté était, selon lui, élective et non résignable, ce qui amena un célèbre procès dont nous allons parler :
André-Bernard-Constance de Forbin-d’Oppède, aumônier du roi, abbé de Saint-Florent, élu le jour même de la mort du prévôt Lauthier, soutint avec le chapitre, ce procès contre l’abbé Magnan, et le gagna suivant l’arrêt du parlement d’Aix du 19 juin 1738, confirmé par arrêt du conseil d’État privé du roi, du 24 juillet 1739. Dès lors, le chapitre demeura en possession de l’élection et il fut convenu tacitement, dit-on, d’appeler désormais à la prévôté le doyen des chanoines de Saint-Sauveur. 8 L’abbé d’Oppède soutint, en 1764, contre la ville, un procès non moins important, comme prévôt et en cette qualité seigneur du bourg Saint-Sauveur. Il demandait la directe universelle dans ce bourg, mais il se désista de sa rétention par sentence d’expédient, et mourut le 23 mai 1767. André-François de Morel de Valbonnette fut élu pour lui succéder, le 22 juin suivant, et mourut le 26 août 1778, à l’âge de 83 ans.
Jean-Baptiste de Gautier-d’Aiguines, archidiacre, élu prévôt le 26 novembre 1778, mourut à Aiguines, le 29 juin 1780. Il était bon littérateur et se connaissait en antiquités.
Paul de Boyer-d’Argens, abbé de Cruas et chanoine de Saint-Sauveur, frère du marquis d’Argens et du président d’Eguilles desquels nous avons parlé plus haut, 9 fut élu prévôt le 19 décembre 1780, et mourut le 12 décembre 1785.
Balthazar Simon Suzanne de I’Enfant, chanoine, son successeur, élu le 20 février 1786, vivait encore en 1790, lors de la suppression des chapitres. Il mourut le 22 décembre 1795, et sa famille s’éteignit avec lui. L’abbé d’Aiguines et lui, sont les seuls des huit prévôts que nous venons de nommer qui ne soient pas enterrés dans le chœur de Saint-Sauveur et dans la tombe des prévôts où reposent la plupart de leurs devanciers.
A l’exception des places de 1’Archevêché et de l’Université qui sont plus modernes, le bourg Saint-Sauveur est actuellement, au bout de cinq cents ans, tel qu’il était à l’époque de sa réunion, composé des rues suivantes :

1 Voyez, plus haut, pag. 7, ce que sont les quatre coins de la Juiverie. Retour

2 Voyez ci-dessus, pag. 9 et 141. Retour

3 Cette transaction se trouve aux archives de l’ancienne cour des comptes (actuellement réunies à celles de la préfecture à Marseille), reg. pergamenorum, f° 97. – Elle est fort curieuse à connaître, parce qu’elle nous indique parfaitement en quoi consistait le bourg Saint-Sauveur à la fin du XIIIe siècle. Voici comment elle s’exprime :  » Burgus vero Sancti-Salvatoris inter se continens burgum Sanctae-Mariae et Sancti-Andrex designatur et confrontatur atque ostenditur continibus infra scripitis, videlicet quod a parte meridici est portale burgi praedicti supra portale pictum civitatis Aquensis, mediante carriera et ab illo portale burgi praedicti versus orientem per dictam carreriam usque ad portale seu exitum de la Fracha,* et ab iIlo loco de la Fracha protenditur per viam quae transit juxta barriuin dicti burgi deversus orientem eundo usqne ad portale Dancalha et ab illo portale recta linea** usque ad portale appellatum Dancrota versus Sanctum-Andream. Deinde viam praedictam usque ad portale Putei-Calidi, et ab illo protenditur per carreriam usque ad portale prius supra denominatum.  » Retour

* Le rempart de la ville comtale étant séparé de celui du bourg Saint-Sauveur à l’extrémité de la rue actuelle de Saint-Laurent, laissait entre-deux une issue ou sortie qu’on nommait La Fracha, dont usaient les habitants de l’une et de l’autre cité pour aller dans les champs. De Haitze pensait que cette fracture n’avait eu lieu que lorsqu’on abattit les deux portions de rempart en 1357, ensuite de la réunion du bourg Saint-Sauveur à la ville comtale. On voit qu’il était dans l’erreur, et que la dénomination de la Fracha était déjà usitée en 1292. Retour

** Puisqu’on allait par une ligne droite le la porte d’ancalha à celle d’Ancrota, il s’ensuit que l’angle nord-est du bourg Saint-Sauveur était hors la ville en 1292, en effet, le palais archiépiscopal et le jardin de ce palais, qui occupent aujourd’hui cet angle, ne datent que de l’an 1333 environ, époque à laquelle l’archevêque Arnaud de Barchesio abandonna la résidence de ses prédécesseurs située dans la ville des Tours, pour venir se loger près de l’église Saint-Sauveur. Retour

4 Cet acte fut passe en présence du grand-prieur de Saint-Gilles, lieutenant du viguier, et signé par Hubert Nauloni, docteur en droit, et Barthélemi de Grossis, damoiseau, 1’un et l’autre syndics de la ville, et par les conseillers Bulgarin de Triboldis, Isnard Hugolin, Jean de Tabia, Laydet de Hurso, Jean Curateri, Anselme Terrassi, Sisteron Garde, Nicolas de Littera, Bertrand Stephani, Pierre Grandi, Jean Chabaudi, François Gavaudan, François Jean, Hugues Barrassi, Barthélémi Forcalquerii, Jean Ferreri et Pierre Aymari ; enfin par les représentants du bourg : Jacques Vésian, notaire et syndic, Guillaume Dorbon, médecin, Guillaume Neble, notaire, Bertrand Aycardi , jacques Culhayreri et Guillaume Berardi, en présence de Pierre Giraudi et François Avignon, notaires.
– Voyez le Livre rouge aux archives de I’Hôtel-de-Ville, f°16 v° et suiv. Retour

5 Deux maisons de charité portaient, en ce temps-là, le même nom ; l’une, pour les mendiants invalides de la ville ; l’autre, pour les pauvres passants (voyez ci-dessus, pag. 214 et 223). Dans laquelle des deux cet acte fut-il passé ? Rien ne l’indique précisément. Retour

6 Tome 1er, Paris, 1715, in-f°, col. 340 et suiv. La chronologie des archevêques d’Aix se trouve dans le même volume, et est continuée dans Papon jusqu’à la révolution (Hist. gén. de Provence, tom. 1er , pag.. 187 à 203). Retour

7 Causes célèbres et intéressantes, etc., par Bicher, tom. II, in-12, notamment aux pag. 565 et 566. Retour

8 En effet, les quatre derniers prévôts, élus depuis la mort de l’abbé d’Oppède, étaient les doyens des membres du chapitre au moment de leur nomination. Retour

9 Page 40 et suiv. Retour